LE MUR

c'est l'histoire d'une jeune femme qui habitait avec sa mère au-dessus d’une colline, elle aimait le lever du soleil qui faisait baigner la plaine  dans des couleurs chaudes allant du rouge à l’orange vif, qui devenaient d’une clarté  éclatante au fur et à mesure que le disque d’or s’approchait du zénith,

De sa maison, elle pouvait observer les grands espaces vert, étalés à perte de vue, l’air y était pur et l’eau cristalline, la nature valait la liberté, c’était son slogan.

Un jour, son oncle se pointa sans s’annoncer et informa la maman que, devenu jeune femme, sa fille ne pouvait plus se permettre de gambader dans la nature à sa guise, il fallait la ramené en ville pour la marier.

La maman savait que les traditions avaient leur poids dans la région, et qu’elle devait exécuter la demande de son frère, il en était de la réputation de la famille et de l’avenir de sa fille.

Elle informa sa fille, qu’elles doivent quitter leur paradis et aller vivre en ville avec l’oncle.

« Mais maman, je ne m’habituerais jamais à vivre en ville, j’en mourrais,  restons ici s’il te pait » implora la fille

« Ma fille, tu es grande maintenant, tu dois te soumettre à la volonté de la famille et de la société, les bonnes  mœurs exigent de la fille de bonne famille qu’elle soit discrète et réservée, tu ne peux pas continuer à errer dans les champs seule comme une enfant » expliqua gentiment la maman

Le lendemain, les deux femmes, plièrent bagages et accompagnèrent l’oncle chez lui, il habitait avec sa femme et ses deux enfants.

Sur le chemin, la fille voyait sa maison s’éloigner derrière elle et disparaitre entre les arbres. Elle était résignée à suivre le conseil de sa maman, mais n’en était pas heureuse pour autant. Comment allait –elle vivre sans ses espaces ouverts, et sans voir la beauté du lever du soleil chaque jour ! Pour elle, la vie s’annonçait telle une prison.

La première chose qu’elle apercevait en entrant en ville, était le grand mur qui entourait la cité, « waw », pensa-t-elle, « il est gigantesque », ils arrivèrent chez l’oncle, sa femme avait préparé un bon diner à leur honneur.

La fille et sa maman étaient heureuses de l’accueil chaleureux qui les y attendait,  «  tu vois ma fille, tu vas te plaire ici, crois-moi » la réconforta la maman

Ce soir-là, la  fille dormie dans un petit lit, à la même pièce que sa maman et les deux petits cousins, d’habitude, elle dormait seule dans un grand lit, elle avait en face du lit une grande fenêtre avec de larges volets en verre, elle adorait contempler les étoiles le soir, et les couleurs de l’aube au petit matin. Dans cette chambre, une petite fenêtre était en haut du mur,  elle servait juste pour faire entrer un peu de lumière et d’air frais, la jeune fille, ne pouvait même pas atteindre son niveau pour regarder à travers. « On suffoque ici maman ! » se plaignait-elle.

Ce soir-là, elle avait du mal à dormir, et quand Morphée l’avait enfin prise dans ses bras, le monde des rêves l’accueilli avec « le mur » !

Elle voyait dans son rêve, un grand mur qui se levait autour d’elle, elle avait beau à courir de part et d’autre, il se dressait devant elle à chaque pas l’empêchant d’avancer ou de fuir. Elle cria « maman » et se réveilla en sueur,

« Qu’est-ce qu’il y’a ma fille » demanda la maman effrayée par les cris de sa fille

« Le mur, le mur » répéta-t-elle avec terreur

« C’est juste un cauchemar ma fille, rendormes toi » la calma sa mère

« Désolée » dit – elle en essayant de se rendormir

Le  matin, la jeune fille avait du mal à se réveiller, sa nuit était très agitée.

« Allez,  lève-toi ma chérie, il est presque 9h du matin » l’appela sa mère

« Bonjour maman » dit-elle,

« Venez le petit déjeuner est prêt » hala la gentille hôtesse

« Bonjour mon frère » dit la maman à son frère qui, les avait devancées à table

« Bonjour ma sœur » répondit-il gentiment, « où est ta fille ? Elle dore encore ? »

« Non, elle arrive, elle a mal dormi ce soir, surement à cause du voyage et du changement de mode de vie, elle n’y était pas préparer, d’habitude elle se levait aux aurores comme le coq  » expliqua la maman

« Bonjour mon oncle, bonjour ma tante » dit la jeune fille timidement.

« Prépares toi ma fille, tu vas avoir une surprise aujourd’hui » dis l’oncle en souriant

« C’est vrai, mon oncle, dis-moi, qu’est-ce que c’est ? » se hâta la fille à demander

« C’est vrai mon frère ? Tu ne m’avais pas dit que tu avais une surprise pour ma fille » continua la maman

« Aujourd’hui, on va avoir la visite de quelqu’un de très spécial » dit l’oncle

« C’est quoi ma surprise mon oncle » répéta la fille ;

« Justement, cette visite te concerne, et c’est cela ma surprise pour toi» répondit –il

Les trois femmes s’échangèrent des regards curieux, ne sachant pas ce que l’oncle avait en tête, il s’apercevait de leur étonnement et finit par expliquer « voilà, j’ai un ami, qui travaille avec moi, il a un fils à marier, il a demandé la main de ma belle petite fille et j’ai accepté, ils viennent aujourd’hui nous rendre visite pour officialiser cette union »

« Mais, tu ne m’en as jamais parlé ! » dis la maman sidérée,

« Depuis quand on prend l’avis des femmes dans ces affaires, ma sœur ! » gronda le frère dont le ton était devenu sec et froid

« Il s’agit de ma fille, je te signale » répondit la maman fermement

« Il s’agit de l’honneur de la famille, ma sœur, ne l’oublie pas ! Si son père était vivant, il aurait fait la même chose, mais il n’est pas parmi nous, et c’est à moi qu’incombe le droit de veiller sur elle à présent » dit le frère en haussant le ton

« Maman, qu’est- ce qu’il dit mon oncle ? » demanda la fille qui ne comprenait pas ce qui se passait

« Préparez – vous à accueillir les invités ce soir, et je ne veux plus entendre d’objection à ce sujet » finit –il par ordonner avant de sortir de la maison ;

«  Ma sœur, je suis désolée, je n’étais pas au courant » dit la belle-sœur à la maman

Résignée, la maman, prie la main de sa fille et lui dit « écoute ma fille, ton oncle a raison, tu es grande maintenant, et tu dois te marier »

« Oui et c’est quoi le problème ? » dit la fille

La maman figée, dit « ça te dérange pas que ton oncle te marie comme ça ! sans rien nous dire à l’avance et sans même qu’on connaisse la personne à qui il a donné son accord ? »

« C’est mon oncle, il ne va pas me jeter aux loups, voyons maman, ne t’inquiètes pas » la réconforta sa fille

« D’accord, alors, si tu prends comme ça les choses, je ne vois aucune objection, que dieu te bénisse ma fille »

Le soir, l’oncle rentra avec en sa compagnie son ami, sa femme et son fils

« Bonsoir, on est là » annonça l’oncle

Les hommes sont partis dans une chambre et la maman du prétendant a accompagné les deux femmes dans une autre pièce, bientôt on entendit des youyous et des félicitations et tout le monde était heureux du dénouement. Les invités avaient quitté après le diner, le prétendant dépassé la jeune fille de quatre ans, beau garçon, instruit et gentil.

« Alors ma fille, tu es heureuse ? » la taquina son oncle

Timide, la fille se releva et courra vers sa chambre toute rouge.

« Mon frère, excuse-moi pour ce matin, j’étais seulement secouée, il y’avait trop de changement pour un laps si court de temps, et j’avais peur pour ma fille, déjà la nuit d’hier elle l’avait passé à faire des cauchemars, je ne voulais pas la mettre sous pression, et puis tu ne m’as même pas préparé à la nouvelle ! »

« C’est bon ma sœur, on en parle plus, ta fille est heureuse, c’est l’essentiel »

Cette nuit – la, la fille était anxieuse comme toute jeune fille de son âge qui s’apprêtait à vivre une nouvelle vie, le prétendant était un beau garçon, en pensant à lui elle ne pouvait empêcher ses jougs de rougir

Le sommeil finit par avoir raison d’elle, elle s’endormie enfin après avoir passé des heures à flâner avec ses pensées, ce soir-là, elle rêva de sa belle colline et de la vaste plaine ou elle avait grandie, soudain, un mur jaillit de nulle part, il se dressa devant elle, l’empêchant d’avancer. Elle essaya de s’en fuir, sans y arriver, « maman » cria-t-elle, « le mur, le mur, le mu.. » et se réveilla en sursaut

« C’est rien ma fille, n’ai pas peur, c’est juste un cauchemar, je suis là, allez rendorme toi », la rassura sa maman

« C’est quoi cette histoire de mur, c’est bizarre, l’est la deuxième fois qu’elle fait ce cauchemar » s’inquiéta sa maman.

Le lendemain, la maman confessa a sa belle-sœur, les cauchemars de sa fille, « ma sœur, je suis inquiète pour ma fille, depuis qu’on est arrivée en ville, elle n’arrête pas de refaire le même cauchemar, elle se réveille en criant, le mur, le mur, je ne comprends pas ce qui lui arrive »

« Elle doit avoir eu le mauvaise œil ma sœur, on doit la purifier » conseilla la belle sœur

Le soir au retour du frère la maman dit « mon frère, ma fille ne va pas bien, chaque fois qu’elle s’endorme, elle se réveille en criant, elle fait le même cauchemar à chaque fois, elle voit le même mur qui se dresse devant elle l’empêchant d’avancer »

« N’est pas peur ma sœur, je connais un vieux monsieur très pieux, je vais le ramené pour la purifier, elle doit être atteinte du mauvais œil » la réconforta son frère.

La fille se transforma durant les jours qui suivirent, elle devint pâle et maigre, quand son fiancé arriva pour lui rendre visite et lui ramener les cadeaux du mariage, il a eu du mal à la reconnaitre

« C’est pas la belle fille que j’avais demandé en mariage, elle a beaucoup changé »

« Non mon fils, c’est bien ta fiancée » confirma l’oncle en souriant pour ne pas  accentuer ses peurs.

Voyant l’état de santé de la fille qui ne cessait de se dégrader, son oncle l’emmena chez le médecin, ce dernier,  lui fit des analyses et a essaya de connaitre ce qu’il n’allait pas bien avec elle ; après de profonds examens, il trouva que le mal n’était pas biologique, alors il conseilla l’oncle d’aller consulter un psychologue.

L’oncle, emmena la jeune fille chez un psychologue, ce dernier questionna la fille sur sa vie, son passé et son présent, il comprit que la fille était élevée dans un espace ouvert, elle avait grandie dans la plaine verdoyante, et d’un seul coup, sans préavis ni préfaces, elle s’était retrouvée déracinée et replantée dans une ville entourée d’une gigantesque muraille, puis dans une maison fermée dont les fenêtres étaient inaccessibles, et avant même de prendre le temps d’assimiler ce dépaysement, elle s’est retrouvée sur la porte d’une nouvelle vie ou elle devait côtoyer des étrangers qu’elle n‘avait jamais vu avant.  Tous ses évènements formaient des obstacles à sa liberté, que son subconscient traduisit en le mur qu’elle fuit dans ses cauchemars.

« Que faut – il faire docteur » dit l’oncle triste pour sa nièce, « croyez- moi, , en la donnant en mariage, je ne pensais qu’à son bonheur, elle était très gentille et docile, elle n’avait même pas émis d’objection à ma volonté et elle a accepté de se marier sans mettre ma décision en doute alors que ma propre sœur, avait rejeté mon initiative, elle avait raison, ma pauvre fille a souffert au fond d’elle sans s’opposer à ma volonté et aux contraintes des traditions de la société, et maintenant, elle en paye le prix par sa santé » regretta l’oncle.

« Je vous conseille de la ramener à sa colline avant qu’il n’en soit trop tard » fini le docteur par dire.

« Je ne peux plus faire marche arrière docteur, sa nuit de noce est prévue dans deux jours »

En rentrant à la maison, l’oncle se garda d’informer sa sœur de l’avis du psychologue, pensant qu’une fois mariée, la fille allait se portait bien.

Le jour du mariage arriva, la fête remplissait la maison, la fille était conduite dans un beau cortège à sa nouvelle demeure. Durant la nuit de la noce, le prétendant devenu mari, n’arriva pas à casser le mur !, il essaya de faire de la fille sa femme, mais tous ses efforts en sont restés vains. Il la quitta bredouille et repartis rejoindre son père et l’oncle de la fille. « Qu’est ce qui se passe mon fils » dis le père inquiet. « Je ne sais pas père, je n’arrive pas à en faire ma femme, j’ai tout essayé, j’y suis pas arrivé ». « Ma fille est une sainte, je te défends de dire du mal sur elle » cria l’oncle pour défendre l’honneur de sa nièce. « Ça n’a rien à avoir avec son honneur, c’est juste que j’ai l’impression qu’un mur m’empêche d’arriver à elle, je ne comprends pas, ce n’est pas la première fois que je me marie » avoua le garçon. « Allez mon fils, retourne auprès de ta femme et essai encore, s’il n’y a rien, demain tu iras chez le fakir du village pour conseil » conseilla son père.

La soirée était finie sans qu’on entende les youyous annonçant l’union du couple, la maman de la fille était inquiète. « Ma sœur, ne t’inquiète pas, c’est juste une question de temps » la rassura la maman du mari, demain mon fils va chez le fakir du village, il le conseillera, pour notre part, on la considère déjà comme notre fille » termina-t-elle

Le lendemain, le fakir examina le couple, les deux époux ne souffraient de rien, le mari était en pleine puissance et la mariée était aussi fraiche qu’une rose à L’aube du printemps. « Ne vous inquiétez pas mes enfants, soyez heureux et vivez votre nouvelle vie avec passion et optimisme, tenez, ceci est une anesthésie locale, si vous n’arrivez toujours pas à faire la chose normalement appliquez cette anesthésie pour que les muscles de la mariée se relâchent et ne ressente rien qui puisse la crispé durant le moment ».

Une fois seuls, et se voyant obligée de passer ce rituel, la fille encore plus pâle et plus maigre, exécuta ce que le fakir leur a conseillé. L’application de l’anesthésie était un supplice, une minute après la fille avait l’impression de voir sa colline autour d’elle, une lumière aveuglante l’avait traversé et son cœur s’arrêta de battre. Le mari s’affola, il se leva en courant lui jeta un drap dessus et couru appeler tout le monde. « Maman, papa, venez, je ne sais pas ce qui est arrivé »

Quand ils sont arrivés, la fille était déjà inerte,

Les funérailles de la fille avait fait le tour du village, la jeune mariée, trop faible et souffrant d’allergie avait succombé à l’application de l’anesthésie. Elle fut enterrée en sa colline et le mur se dressa à tout jamais entre elle et le monde des vivants.